We Are Nature.Brussels est une association fondée en 2023 par des Bruxellois·es pour lancer une action en justice contre le gouvernement régional afin de l’obliger à respecter ses engagements environnementaux en cessant de délivrer des permis de bâtir sur les espaces naturels à Bruxelles. Trois ans après sa création, nous rencontrons un de ses administrateurs, Jean-Baptiste Godinot.

Jean-Baptiste Godinot a l’écologie dans la peau. Né en France de parents engagés socialement (en particulier auprès du mouvement ATD Quart Monde), il vit depuis plus de 30 ans à Bruxelles, où il s’investit corps et âme dans la sauvegarde du vivant. Après avoir travaillé avec Paul Lannoye (membre fondateur de la section belge des Amis de la Terre en 1975 et du parti Écolo en 1980), Jean-Baptiste Godinot cofonde en 2005 Respire, une association belge qui lutte contre la surconsommation et milite pour libérer l’espace public de la publicité. Mais, face à la puissance et l’inamovibilité du lobby publicitaire, Respire s’essouffle et rend son dernier soupir en 2012. En 2014, Jean-Baptiste Godinot participe alors à la création de TuiniersForum des Jardiniers (le forum des jardiniers, en bilingue) puis, en 2023, à celle de We Are Nature.Brussels.
Qu’est-ce qui vous a amené à cofonder We Are Nature ?
Après l’expérience insatisfaisante de Respire, on a changé de stratégie. Au fur et à mesure de nos actions, on s’est rendu compte que la clé, c’était le territoire, parce que c’est là où vivent les gens : c’est leur lieu de vie, leur bien-être, là où ils socialisent, là où les végétaux poussent, où la nature trouve son habitat. Tout l’univers s’y retrouve de manière condensée.
Nous avons créé le TuiniersForum des Jardiniers en 2014 à Haren, sur le Keelbeek, là où se trouve aujourd’hui la méga prison. Nous nous sommes rassemblés avec à peu près 150 personnes actives dans différents collectifs. Il manquait à la région Bruxelles-Capitale un acteur qui tienne un discours de rupture et qui propose un autre narratif et des types d’actions différents. Notre vision, c’est qu’il faut concevoir, non seulement la nature dans la ville, mais la ville dans la nature. La ville est entièrement dépendante de la nature : il faut la rendre perméable, traversée par des corridors écologiques, et il faut que les vivants non humains puissent aussi y vivre.
En 2022, nous avons demandé un moratoire, soutenu par 67 associations et collectifs et signé par environ 40.000 personnes, auprès de Rudy Vervoort, alors Ministre-Président bruxellois. L’objectif de ce moratoire n’était pas de tout bloquer, mais de faire une pause, le temps de réfléchir et d’organiser une concertation régionale sur l’usage du sol, de manière plus intégrée, en tenant compte de la contrainte climatique, de la biodiversité, des inégalités sociales et des besoins de logements. Mais nous avons essuyé une fin de non-recevoir.
Dès lors, constatant que la négociation était impuissante et que, même ensemble, on n’est pas assez fort pour créer un rapport de force permettant d’infléchir le cours des choses, nous avons créé, en 2023, l’ASBL We Are Nature.Brussels, pour lancer une action en justice contre la Région. Quand elle fonctionne, la justice offre un levier extraordinaire, elle permet une égalisation des interlocuteurs : tout d’un coup, le besoin de la personne minoritaire, de la personne la plus faible, peut être entendu, même face aux plus puissants.
Quels sont vos soutiens citoyens, politiques et médiatiques ?
Il y a 1.330 personnes qui sont co-demandeuses au même titre que notre ASBL et l’ASBL Bruxelles Nature, qui ont confié un mandat à l’avocat. Nous avons aussi reçu le soutien de personnalités publiques belges, comme Félicien Bogaert, Adeline Dieudonné, Bouli Lanners… On sent un large soutien, dont nous sommes très reconnaissants, même s’il est diffus.
Par exemple, une vidéo de la RTBF expliquant le procès de We Are Nature contre la Région bruxelloise a récolté de nombreux likes et commentaires positifs sur les réseaux sociaux. C’était une surprise. Les gens sont favorables à ce qu’il y ait de la nature en ville, à côté de chez eux. Ceux qui ont un jardin désirent le garder, ceux qui n’ont pas de jardin veulent avoir accès à un parc.
Au niveau politique, nous tenons à notre indépendance. Nous sommes très fermes à cet égard, ce qui a parfois pu vexer certains politiciens. Nous souhaitons pouvoir parler avec tout le monde, sauf l’extrême droite. Notre action n’est pas partisane, elle est politique, puisqu’elle vise à modifier la décision publique, et transversale. Toutes les familles politiques doivent adapter leur logiciel face à la crise écologique. Nous pratiquons ce que nous avons appelé la diplomatie conflictuelle : nous ne nions pas les tensions avec les formations politiques, mais nous cherchons dans chaque parti des personnes compétentes, attentives et de bonne volonté, avec lesquelles nous pouvons travailler.
Quel est l’objectif de We Are Nature ?
Rendre Bruxelles habitable pour toutes et tous dans le contexte du changement climatique. Pour nous, cela passe par des sols vivants, la biodiversité et les masses d’eau. En considérant que la nature en ville soutient la santé physique et mentale des humains. Plus profondément, il y a l’envie de questionner notre rapport au monde, les relations humain/nature, nature/culture… Comment vivre au 21e siècle selon une représentation du monde plus juste que celle qui nous a menés dans la situation critique où nous sommes aujourd’hui ? C’est une question vertigineuse, mais que tout le monde se pose, finalement.
Quelles sont les actions emblématiques (et les résultats concrets) de We Are Nature depuis sa création ?
Le procès contre la Région bruxelloise est notre principal dossier. Nous sommes en train d’en préparer un autre de la même importance concernant la pollution aux PFAS. C’est un sujet de la même nature ontologique : quand l’humain se comporte comme dominateur à l’égard de la nature pensée comme extérieure à lui-même, il la détruit de toutes les manières possibles et imaginables. Que ce soit avec le béton ou avec la chimie, à la fin, c’est le même type de destruction et ça rejaillit de la même manière sur nos corps et nos esprits ou nos âmes.
Et puis, il y a tous les terrains menacés sur lesquels nous travaillons. En essayant toujours d’appliquer le principe de subsidiarité : la mobilisation vient d’abord du collectif local, qui est ancré, qui connaît le terrain et les riverains. Et ensuite, nous l’appuyons, en offrant un soutien juridique, en fournissant des contacts, en mettant en lien avec d’autres collectifs, etc. Par exemple : le projet de nouveau stade de l’Union Saint-Gilloise sur le Bempt ; le projet Aspria à Boitsfort, où un magnifique parc arboré est en cours de destruction pour construire un centre wellness ; ou encore le stade Verdonck à Anderlecht, dont les riverains demandent l’ouverture afin que les gamins puissent tout simplement jouer au foot, puisque tous les clubs sont saturés.
Dernièrement, nous avons aussi élaboré une position commune avec des associations bruxelloises de promotion de l’agriculture urbaine et de protection de la nature[1] pour demander à la Région bruxelloise une meilleure protection des sols vivants. C’était un travail délicat, car il y a des conflits d’usages entre agriculteurs et naturalistes au sujet des terres arables.
Enfin, nous avons pris position dans le cadre de l’ordonnance « Bruxelles Numérique » en soulevant l’empreinte écologique et humaine du développement numérique, qui est insoutenable.
Venons-en au procès intenté par We Are Nature. Le 29 octobre 2025, le tribunal de première instance francophone de Bruxelles a condamné la Région de Bruxelles-Capitale à « prendre les mesures nécessaires pour suspendre l’urbanisation et l’imperméabilisation des sites et terrains non bâtis de plus de 0,5 hectare sur son territoire ». Que pensez-vous de ce jugement et quelles en sont les suites ?
Notre avocat nous a tout de suite précisé que le jugement était génial mais très particulier et compliqué. Parce que s’il condamne la Région à ne pas imperméabiliser, la Région en fait n’imperméabilise pas elle-même, ce sont des opérateurs qui s’en chargent. Elle doit donc agir en tant qu’autorité politique et juridique pour empêcher ces opérateurs d’imperméabiliser.
Depuis, la Région a bloqué tous les projets d’imperméabilisation sur les sols publics, ainsi que sur tous les sols privés d’au moins 0,5 hectare, sauf pour les permis qui avaient été délivrés avant le jugement – ce qui est selon nous une erreur, parce que le jugement n’établit pas de distinction entre les permis octroyés avant et après sa date. Le jugement dit qu’il faut arrêter d’imperméabiliser tant qu’il n’y a pas un nouveau PRAS (Plan Régional d’Affectation du Sol).
Puis, en avril 2026, le nouveau gouvernement a publié une circulaire interprétant le jugement. Et là, nous sommes tombés de notre chaise, parce qu’il y est écrit en toutes lettres qu’il n’y aura pas de moratoire, que la Région va continuer d’instruire les demandes de permis, en demandant simplement plus d’informations climatiques et environnementales. Or, à partir du moment où la Région délivre des permis, elle crée des droits subjectifs pour les détenteurs. Et donc, si par la suite elle empêche l’imperméabilisation, elle devra les indemniser.
En mars 2026, la Région a fait appel du jugement d’octobre 2025. Nous avons répondu par un appel incident, car nous avons des arguments juridiques supplémentaires fournis notamment par : le règlement européen sur la restauration de la nature, le renforcement des objectifs européens de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ou encore l’analyse d’attribution et d’évaluation des risques menée par le CERAC (Centre d’analyse des risques du changement climatique, en Belgique). Il apparaît de plus en plus clairement que la nature est indispensable à l’absorption du carbone et à l’adaptation au réchauffement climatique.

Le site web de We Are Nature mentionne que l’association « est issue d’une mobilisation citoyenne, dans l’intérêt de tous et en premier lieu des personnes et des groupes les plus vulnérables ». Qui visez-vous en particulier et de quelle manière estimez-vous agir dans leur intérêt premier ?
Vous avez trouvé notre principal défi. Le terme « vulnérable », nous l’avons repris de la littérature scientifique, en particulier du GIEC, afin de pouvoir lui donner une force juridique. Il s’agit principalement des enfants, des personnes âgées, des femmes enceintes, des malades chroniques (en particulier cardiopulmonaires) et des habitants des quartiers populaires, souvent trop minéralisés. Nous sommes conscients de ne pas être représentatifs de ces populations-là, mais nous essayons en permanence de penser à leurs intérêts d’abord.
C’est dans le cadre de cette quête de cohérence que nous avons créé en 2025 le mouvement Santé x Nature x Logement, en partenariat avec le Syndicat des Immenses[2]. Nous recevions alors de la part de la gauche politique des critiques acerbes au sujet du logement. On disait que nous étions des bourgeois capitalistes qui ne comprenaient rien à la lutte des classes et utilisaient la nature pour construire une alliance antisociale. Cela portait en particulier sur les dossiers de la Friche Josaphat, du Champ des Cailles et des Dames Blanches, trois sites emblématiques qui comportent des projets immobiliers incluant des logements sociaux, mais en portion très réduite.
Ce que nous demandons, c’est un moratoire, une pause, pour pouvoir se donner le temps de réfléchir à la manière d’utiliser le sol, sachant qu’on va en avoir besoin pour de multiples usages dans les années qui viennent, avec le dérèglement croissant du climat. Toutefois, nous reconnaissons que le conflit logement-nature est réel et complexe. C’est pourquoi nous avons voulu creuser la question, avec l’hypothèse qu’il est possible de résoudre la crise du logement sans tuer les sols. Depuis la naissance de la Région bruxelloise, l’imperméabilisation des sols a été constante ; or la crise du logement n’a jamais été aussi grave que maintenant. On détruit la nature, non pas pour du social mais pour du privé et de la spéculation. Et aujourd’hui encore, quand on regarde les grands projets immobiliers, la proportion de logement social est minime. Par exemple, pour le projet Lake Side à Tour & Taxis, il est question d’imperméabiliser plus de 30.000 m² de sol, de construire seize tours, sans qu’un seul logement social soit prévu.
La perte de la nature et des sols, c’est un problème social. Les pauvres en payent le plus lourd tribut : îlots de chaleur, inondations, pollution extrême, perte de santé physique et mentale… Avec Santé x Nature x Logement, on veut montrer les liens entre ces trois dimensions. Céline Bertrand, de la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG), a bien montré que l’accès à la nature et à un logement de qualité sont les deux principaux déterminants de la santé physique et mentale.
De plus, nous nous sommes rendu compte que les opérateurs publics n’arrivaient pas à rénover le parc existant. Sur à peu près 40.000 unités de logement social, environ 5.000 doivent être rénovées, la moitié lourdement. Donc, en fait, on a un parc qui est beaucoup trop petit et mal géré. Pour nous, le logement social est nécessaire, mais il doit être mieux géré. Il faut que le marché immobilier soit démocratisé. Plus de 500.000 Bruxellois sont dans les conditions d’accès au logement social, pour seulement 40.000 unités. Or, on sait que sans un logement de qualité et accessible financièrement, il y a une série de droits qui sautent : les enfants ne peuvent pas étudier correctement, on n’arrive pas à se projeter dans le travail, on a des problèmes de transport, de santé, etc. D’où la nécessité de toujours articuler ces trois dimensions.
L’anthropologue Philippe Descola souligne que l’opposition entre nature et culture est centrale dans la société occidentale. Elle serait l’origine de la crise écologique que nous vivons. En voulant sanctuariser les espaces naturels, ne risquez-vous pas de renforcer cette logique binaire ? Quel est, finalement, votre vision de la nature et de son rapport à l’humain ?
Descola est effectivement un auteur super important, mais nous nous sentons plus proches de Val Plumwood, une philosophe australienne qui, comme Descola, critique la vision occidentale de la nature comme représentation du vivant extérieur à l’humain, destinée à être utilisée et dominée. Mais plutôt que de tuer le concept de « nature », elle nous invite à le réincorporer, pour se réincorporer. C’est cette idée qu’on a reprise, en parlant de la ville dans la nature, et en affirmant : we are nature. Nous faisons partie de la nature et nous en sommes totalement dépendants. Il faut maintenir une distinction, mais celle-ci n’implique pas de domination.
Personnellement, j’aime bien considérer tout cela d’un point de vue chimique : il y a la même matière, le même carbone, la même eau et les mêmes oligoéléments, dans un arbre, un poulet et un humain. Simplement, nous sommes animés différemment. Si on réalise cela, on ne peut pas continuer de détruire cet équilibre dont on fait partie.
Et donc, concrètement, comment envisagez-vous l’avenir d’une friche ?
Premièrement, il faudrait qu’on puisse en débattre publiquement, ce qui n’est absolument pas le cas pour le moment. Deuxièmement, il faudrait prendre conscience que la nature n’est pas inerte, qu’elle est bien vivante et miraculeuse. Un arbre, ce n’est pas qu’une future table. Les arbres communiquent entre eux de manière hyper-complexe, élaborée. Une machine ne pourrait pas offrir les mêmes services écosystémiques, comme l’évapotranspiration, même au prix d’une énergie folle.
Troisièmement, il faudrait repenser la question du logement. Il est aujourd’hui techniquement possible de créer du logement sans s’étaler sur les sols : en montant en hauteur, en ajoutant des étages, en réaffectant le bâti disponible, en divisant le logement, etc. On peut créer des dizaines de milliers de logements à Bruxelles sans toucher à un seul mètre carré de sol. D’autant que si on analyse les chiffres, on constate qu’il n’y a pas de pénurie de logements : il y a plus de logements que de ménages. Alors, c’est vrai qu’il y a des manques, mais ceux-ci ne sont pas énormes.
Qu’est-ce qui vous donne de l’élan ? Quelles sont vos sources d’espérance ?
J’aime me rappeler que l’espoir est un acte : ce n’est pas quelque chose qu’on reçoit, c’est quelque chose qu’on fait. Et idéalement à plusieurs, car c’est une affaire de relations humaines. C’est dans la relation que se trouve, à mon avis, la source d’espoir. Dans toutes les actions de personnes qui essayent ensemble d’améliorer la situation. Et en fait, il y en a mille et une différentes. Cela permet de croire en la possibilité de changer notre destin.

Concrètement, aujourd’hui, que peuvent faire les citoyens et citoyennes pour contribuer au « ménagement » de leur territoire, en particulier à Bruxelles ?
J’adore ce terme de « ménagement » du territoire, qui nous inspire beaucoup. Ménager le territoire et se ménager soi-même… Ce serait quand même pas mal.
Ce que nous suggérons systématiquement, c’est de rejoindre ou de créer des collectifs locaux. C’est très confrontant, parce que, dans tous les collectifs, on fait face aux bonheurs et aux malheurs de la démocratie. Mais il n’y a pas de meilleure chose à faire que de pratiquer la démocratie. Et puis, de manière plus fondamentale, il faut observer le vivant. Cela parait bête à dire, mais observer la nature est quelque chose de profondément transformateur. Observer un arbre autrement qu’une réserve de planches de bois, ou un insecte autrement qu’un nuisible, c’est transformateur. Ralentir et contempler, c’est transformateur. Comment expliquer que le sol se transforme en fleur, par exemple ? Tout vient du sol, avec de l’eau qui tombe du ciel. D’ailleurs, l’origine de l’eau est incroyable. Il y a un tiers de l’eau qui vient de l’univers plus ancien que le système solaire, et qui est encore là, qui constitue nos corps à 60% et qui circule. Tout est extraordinaire. Et à partir de là, on peut envisager les choses différemment, notamment avec un collectif : comment est-ce qu’on défend cette nature extraordinaire ?
Est-ce que, pour vous, ce premier geste est déjà politique ?
Oui, tout à fait. Comment, ensemble, va-t-on s’organiser et agir pour faire émerger un mode d’organisation plus fécond, plus équilibré, plus juste ? C’est politique. À cet égard, je ne suis pas tout à fait d’accord avec ceux qui disent que l’écologie sans la lutte des classes c’est du jardinage. Est-ce que la lutte des classes sans jardinage, ce n’est pas juste du productivisme bête et méchant ? Est-ce que le jardinage, apprendre à observer des processus naturels qui nous échappent complètement, ce n’est pas hautement politique et complètement transformateur ? Je pense qu’il faut les deux.
Et quand on parle avec des Immenses, qui ont très bien connu la survie, on réalise qu’eux et elles, généralement, savent observer. Je me souviendrai toujours du discours d’une Immense à un rassemblement au marais Wiels au moment où le mouvement des Soulèvements de la Terre était durement réprimé à Sainte-Soline, en France. Elle avait expliqué avoir dormi presqu’un an dans une tente au marais Wiels parce qu’elle n’avait pas de logement, pas de travail, pas de revenus, rien. Et elle nous a parlé de l’abeille qu’elle avait observé devant sa tente pendant plusieurs jours. En nous disant : « Si on construit sur le marais Wiels, où va aller cette abeille ? Elle n’aura plus d’endroit où aller. On ne peut pas faire ça, parce que qui a fait l’abeille ? »
Des échanges que j’ai eu au sujet de la nature avec les gens qui sont vraiment dans la misère, j’ai retenu au moins deux messages essentiels à transmettre. Un : la nature vit et ne les juge pas, alors que les humains ne cessent de juger. Deux : la nature nourrit et protège. Il y a plein de gens qui vont dans les parcs, parce qu’ils sont protégés, qu’il y fait moins chaud, qu’il y fait moins froid ; bref, parce qu’il y fait meilleur.
[1]Agroecology Lab ULB, CCN Vogelzang, la Fédération bruxelloise des professionnel·le·s de l’Agriculture Urbaine (FedeAU), Le Début des Haricots, Les Ami·e·s du Chant des Cailles, Mission Locale de Saint-Gilles (Biotiful), Natagora, TuiniersForum des Jardiniers et We Are Nature.Brussels (https://wearenature.brussels/a-bruxelles-des-associations-dagriculture-urbaine-et-de-defense-de-lanature-sallient-pour-defendre-les-sols-vivants-bruxellois/).
[2] Groupe de pression et d’action pour mettre fin au « sans-chez-soirisme » (terme plus approprié que « sans-abrisme ») et défendre les droits des « Immenses » ‒ l’acronyme de « Individus dans une Merde Matérielle Énorme mais Non Sans Exigences » (www.syndicatdesimmenses.be).