Le renoncement : voilà un thème que l’on pourrait juger désespérant. Face aux nombreux défis de notre temps, serions-nous en train de vous suggérer de… laisser tomber ? Bien sûr que non, au contraire ! Renoncer n’est ni se résigner, ni abandonner, ni laisser faire. C’est, plutôt, poser un choix éclairé, prendre une décision en conscience, consentir à la vie, refuser de collaborer aux injustices, résister aux dominations et se libérer des aliénations. C’est, en somme, exercer activement sa liberté et sa citoyenneté. En outre, il ne s’agit pas de renoncer pour renoncer. Le renoncement, seul, ne suffit pas. Selon le dictionnaire Le Robert, il se définit comme le « fait de renoncer (à une chose) au profit d’une valeur jugée plus haute ; attitude qui en résulte ». Renoncer, c’est donc avoir le courage de dire « non » à ce qui nuit pour pouvoir dire « oui » à ce qui ravive – moi-même, l’autre, la communauté et la société. Toutefois, pour un certain nombre de personnes, précarisées, marginalisées, voire opprimées, le renoncement est rarement un choix, mais souvent une souffrance subie. Il est inacceptable que certains soient contraints de renoncer à leurs besoins essentiels, à leurs droits fondamentaux. Dès lors, il n’est évidemment pas question ici de promouvoir la misère. Bien au contraire, notre démarche vise (notamment) à nourrir une réflexion – et une action ! – collective sur la redistribution des richesses et le partage du pouvoir, qu’il soit politique, économique ou symbolique. Au nom de notre quête infatigable de justice sociale et du bien commun. Dans une société où tout semble s’accélérer inexorablement, où le béton et les machines colonisent le vivant, où les richesses se concentrent entre les mains d’une minorité tandis que les inégalités se creusent au détriment de la majorité, où l’État-providence est détricoté aux dépens des plus faibles et au bénéfice des plus forts, où la guerre et la terreur semblent (re)prendre le dessus sur la diplomatie et le droit, où les violences sexistes et sexuelles explosent au grand jour, où le fossé entre élus et citoyens se creuse, où les idées et discours discriminatoires, de haine et de rejet se répandent… Renoncer à ce qui alimente ces tendances sociétales mortifères, c’est faire acte de résistance. Œuvrer à des alternatives justes, écologiques, démocratiques et solidaires, c’est semer l’espérance.
- En Question n° 151
- edito
Choisir le renoncement
- Simon-Pierre de Montpellier, rédacteur en chef de la revue En Question.
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