
« Centre pour illégaux » pour « centres de détention », « éloignement » pour « expulsion » : le langage des politiques migratoires répressives n’est pas avare en euphémismes. C’est encore le cas avec les « visites domiciliaires » qui se rappellent à notre bon souvenir. Dans les cartons de l’actuelle ministre de l’Asile et de la Migration se trouve un projet de loi devant permettre à la police de forcer l’entrée de toute habitation où réside une personne sans titre de séjour, afin de la placer en détention en vue de son expulsion du territoire. Cela n’a donc rien d’une visite de courtoisie !
Ce projet de loi – requalifions le d’ « arrestations domiciliaires » – a essuyé de nombreuses critiques, dont celle du Conseil d’État. Il mettrait en péril le droit à la vie privée et à l’inviolabilité du domicile, et ne dispose pas de vrai garde-fou, de telle sorte qu’il pourrait bien se transformer en un outil pour rafles, à l’instar de la chasse aux migrants menée par l’ICE, bras armé de la politique migratoire de Trump aux États-Unis. Mais la Ministre ne renonce pas, elle ira de l’avant.
Alors quoi ? Pourquoi cet entêtement ? Ne serait-ce pas parce qu’un tel projet de loi, comme l’explique bien Youri Lou Vertongen dans ce numéro, nous raconte une histoire très simple : celle du migrant danger pour notre société et d’un pouvoir fort et soi-disant protecteur qui ira jusqu’à forcer la porte des mauvais citoyens qui hébergent des sans-papiers ? Mais à vouloir mener des politiques symboles, on s’aveugle sur les risques pour la démocratie.
En mettant en œuvre une politique migratoire « ferme », pour reprendre un adjectif cher aux politiques, les partis démocratiques prétendent répondre aux attentes de la population et combattre l’extrême-droite. Mais 20 ans de politiques de plus en plus dures n’ont pas vraiment éloigné les forces xénophobes des portes du pouvoir, au contraire. C’est une voie sans issue.
C’est d’une révolution copernicienne et d’un changement de regard dont les politiques migratoires ont besoin : ne plus voir les personnes migrantes comme les objets de politiques, mais leur permettre d’en devenir les sujets pour le bien de toutes et tous. Un changement de regard auquel nous invitent les mots de Brassens dans « La Visite », une chanson qui n’a rien perdu de son actualité : « On braquait pas des revolvers, on arrivait les bras ouverts, on venait en visite ».