
À la lecture de ce puissant manifeste collectif, l’indissociabilité des luttes écologistes et anticoloniales (pourtant souvent dissociées) apparaît comme l’évidence même : il s’agit d’un seul et même combat contre la prédation dévastatrice de la civilisation occidentale, qui réifie le vivant – humain et non humain – pour mieux l’exploiter, voire l’anéantir. Si les voix non blanches sont encore largement exclues du débat public écologiste, comme le dénonce Malcom Ferdinand, plusieurs événements ces dernières années ont fait saillir la nécessité d’articuler ces formes de résistance pour défendre une terre où il soit possible de faire grandir nos enfants, de s’ancrer sans être chassé, de se « restaurer », au double sens de se nourrir et de se reposer (Nadia Yala Kisukidi).
Ainsi en 2020, le meurtre de Georg Floyd en pleine pandémie de covid-19 a fait retentir la revendication d’un air respirable pour tous, comme condition d’une égale dignité humaine. Depuis 2023, la guerre à Gaza révèle avec force combien « les terres sont souvent traitées comme le sont leurs habitant·e·s » (Fatima Ouassak), puisqu’en toile de fond du génocide se jouent à la fois des convoitises extractivistes et un « empoisonnement généralisé de la terre par l’armée et les industries israëliennes » (Sheila Sheikh) enclenché de longue date. En 2024, l’impunité impérialiste est encore consacrée par la cour d’appel de Paris, qui déclare irrecevable la plainte contre 14 multinationales ayant commercialisé l’« agent orange » dont une composante mortifère, la dioxine, persiste encore dans les corps et les terres du Viet Nam, du Laos et du Cambodge – une intoxication au long cours, symptomatique du « continuum colonial » (Collectif Vietnam-Dioxine).
Autant d’enjeux évoqués par les auteurs et autrices de ce recueil permettant de contextualiser l’émergence grandissante d’une écologie de la libération, qui puisse faire « front commun contre ce qui ravage le monde » (Ouassak) : retours d’expériences d’associations, démarches artistiques, analyses théoriques, approches spirituelles forment ici une mosaïque de luttes et d’espérance en faveur d’une terre enfin libérée de la loi du plus fort.