
Cet ouvrage est ancré dans les pratiques d’éducation permanente du CEFOC (Centre de Formation Cardijn). Le point de départ, comme toujours au CEFOC (c’est là sa grande force), c’est le vécu des participantes et participants à ses activités. Croiser ce vécu avec un regard sur l’actualité permet de mettre en lumière le « bain culturel » prégnant en Occident qui nous mène à des impasses, écologiques notamment. Ainsi, l’étude propose de déconstruire des évidences partagées qui concernent la relation de l’humain avec le reste du vivant. En s’appuyant sur quatre penseurs (tels l’anthropologue Philippe Descola et le philosophe Baptiste Morizot), les autrices questionnent la séparation entre l’être humain et le vivant autre qu’humain, ainsi que la hiérarchie qui découle de cette « grande division ». Cela permet de prendre du recul et de se décaler de ce bain culturel dans lequel nous sommes toutes et tous immergés ; un travail sur le vocabulaire permet de se rendre compte que les mots sont performatifs (ainsi le mot « environnement », qui implique que l’humain est au centre de tout et que le reste « l’environne »).
Mais passées l’analyse et les prises de position, comment faire advenir un rapport plus ajusté de l’humain au vivant autre qu’humain ? Deux leviers sont explorés, capables de nourrir un autre rapport au monde : celui de la littérature, et celui des traditions philosophiques et religieuses, considérées comme de potentiels réservoirs de sens.
C’est la partie consacrée à la littérature qui rend ce petit ouvrage vraiment original : ce chapitre suit effectivement la piste de trois chats, héros de romans, en « considérant l’animal comme un intercesseur de sensibilisation au vivant et le récit comme un levier de transformation de la pensée ». Ce faisant, les deux autrices s’aventurent sur une piste qui nous parait prometteuse, celle de l’écopoétique, « nouveau champ de la littérature qui entend vivifier notre être au monde par la littérature et par l’écriture ».