
En 2015, avec son comparse Raphaël Stevens, Pablo Servigne alertait sur les risques d’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle lancée à grande vitesse, sans souci des limites planétaires. Deux ans plus tard, avec son ami Gauthier Chapelle dans leur livre L’entraide, l’autre loi de la jungle, il s’est appliqué à démonter le mythe de l’homme « loup pour l’homme » : lorsqu’il est en danger ou en période de disette, l’être humain, comme l’ensemble du vivant, tend naturellement à coopérer plus qu’à entrer en compétition.
Avec ce nouvel opuscule, Pablo Servigne lance un appel vigoureux – comme l’indique le sous-titre, c’est un manifeste, pas un traité scientifique. Un appel à prendre soin du lien social : c’est la meilleure manière de nous préparer à traverser les tempêtes à venir, qu’elles soient écologiques, économiques, politiques ou sociales.
En contraposition à la posture survivaliste, l’auteur, friand de néologismes, propose le « supervivalisme » : le fait de miser sur la confiance mutuelle et l’entraide. « Choisir le supervivalisme, écrit-il, c’est commencer à s’équiper socialement, c’est-à-dire former des groupes robustes capables de tenir sous la pression […], de réparer, de soigner, d’agir, de cultiver, d’accueillir, de rire au bord du gouffre, de décider ensemble dans l’incertitude et de se relier à d’autres groupes ». Une manière d’être au monde qui non seulement prépare à l’adversité mais améliore dès maintenant nos vies et porte en elle un vrai projet politique.
Le chapitre central du livre offre une sorte de nomenclature des liens sociaux, qui permet à chacun·e de dresser l’état des lieux de ses communautés et réseaux, pour les renforcer, voire en créer de nouveaux. L’auteur nous invite en particulier à ne pas négliger les liens à l’échelle d’un quartier ou d’un village, même et surtout avec des personnes aux idées différentes des nôtres, ce qu’il appelle les liens « voisinautaires » (contraction de voisin et communautaire).
Un petit ouvrage très stimulant : non seulement à lire mais surtout à mettre en pratique, en renouant avec notre vocation de tisseuses et tisseurs de lien social.