Un enfant nous est né. Mon épouse et moi avons donc tout naturellement entrepris les démarches auprès de la commune – par voie électronique, Covid oblige – pour déclarer sa naissance, afin qu’il puisse être reconnu et recevoir ses premiers documents d’identité. Rien de bien compliqué, puisque, né de deux parents belges, notre enfant reçoit automatiquement la nationalité belge. Ses droits fondamentaux lui sont garantis. Toute sa vie, il pourra participer à la vie sociale et contribuer à la société belge. Sa dignité d’être humain lui est reconnue. Ainsi, nous avons pu inscrire notre enfant à la mutuelle. Il bénéficie d’une sécurité sociale, d’une assurance maladie et hospitalisation. Lorsqu’il tombera malade, il aura accès à des soins de qualité à des prix abordables. À l’école, il pourra participer à toutes les activités qui lui seront proposées. Plus tard, il pourra travailler, dans des conditions dignes, pour un salaire décent. S’il perd son emploi, subit un accident de travail ou devient lui-même papa, il recevra des aides dans le cadre de la protection sociale. Il sera libre de se marier avec l’amour de sa vie. Non seulement ses droits (et devoirs) lui seront théoriquement reconnus, mais surtout, il pourra les exercer en pratique, sans préjugés, sans se cacher, sans s’auto-exclure, sans craindre d’être expulsé. L’accès aux services devrait même lui être facilité, grâce à la numérisation. Car notre enfant possède des documents d’identité, il a ses papiers, sa dignité est reconnue. Ce n’est pas le cas d’environ 150.000 personnes – enfants, hommes et femmes – qui vivent sans papiers en Belgique, dans des conditions déplorables. Mais que pouvons-nous y faire ? Tout d’abord, ouvrir les yeux sur cette situation, voir les personnes sans papiers autour de soi, mettre des mots sur ce qu’elles vivent. Ensuite, tenter de comprendre comment on en est arrivé là, et essayer d’en retirer des pistes de solutions politiques. Enfin, s’engager, par exemple en apportant une aide matérielle, en valorisant les droits humains, en soutenant une association de terrain ou en participant à une mobilisation collective. Voir, juger, agir : autant d’étapes que vous invite à franchir ce dossier d’En Question. Plus que des papiers, il en va de notre dignité.
- En Question n° 140
- edito
Sans papiers, sans dignité
- Simon-Pierre de Montpellier, rédacteur en chef de la revue En Question.
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