Il y a cinq ans, les enjeux écologiques étaient au cœur des préoccupations de l’opinion publique européenne. Après un été 2018 exceptionnellement chaud et sec, les mobilisations pour le climat s’étaient succédé jusqu’aux élections du 26 mai 2019 qui avaient vu les partis écologistes engranger des résultats élevés un peu partout au sein de l’Union européenne, et particulièrement en Belgique. Depuis lors, notre maison commune a continué de se dégrader : six limites planétaires sur neuf ont désormais été franchies, selon le Stockholm Resilience Centre. Une transition écologique ambitieuse est donc plus que jamais nécessaire. Et pourtant, le mouvement climat parait à bout de souffle, les enjeux climatiques et environnementaux ont été étonnamment négligés durant la campagne électorale et, pour les partis écologistes, c’est la douche froide au soir des élections européennes, fédérales et régionales du 9 juin 2024. Rappelons que les élections ne sont qu’un élément de la démocratie, qui se vit quotidiennement de bien d’autres manières, par exemple à travers les interpellations citoyennes, les mobilisations syndicales, le rôle de l’opposition dans les parlements, les contre-pouvoirs judiciaire et médiatique, la concertation sociale, le dynamisme associatif, la gouvernance partagée en entreprise, etc. Par ailleurs, les préoccupations écologiques ne sont pas réductibles aux partis écologistes et, fort heureusement, d’autres partis ont revu à la hausse leurs ambitions pour le climat et l’environnement. Néanmoins, au lendemain des élections, le mouvement écologiste (entendu au sens large, bien au-delà des partis) ne peut faire l’économie d’une sérieuse remise en question. Pour ce faire, il doit être prêt à interroger ses certitudes, à sortir de sa zone de confort, à se décentrer, à se laisser interpeller. Une piste de réflexion (et d’action), explorée dans le dossier de ce nouveau numéro d’En Question, est de prendre au sérieux les vécus, les expériences, les pensées, les luttes et les espérances aux marges de notre société : populations fragilisées, quartiers précarisés, campagnes délaissées. De se laisser bousculer par les marges, quitte à basculer. Telles ces nuées d’étourneaux se laissant guider par ceux qui sont sur les bords, « car ils sont bien plus exposés aux fluctuations », comme l’analyse le biologiste Olivier Hamant (La Troisième voie du vivant, Éd. Odile Jacob, 2022). Pour que l’écologie ne soit plus vue comme un privilège de bourgeois, mais devienne un véritable mouvement populaire.
- En Question n° 149
- edito
Refonder l’écologie depuis les marges
- Simon-Pierre de Montpellier, rédacteur en chef de la revue En Question.
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