L’hiver n’aura pas refroidi leurs ardeurs. Tous, ils ont défilé pour le climat : les élèves, les étudiants, les parents, leurs enfants, les convaincus, les fêtards, les brosseurs, les gueulards… Ce qui frappe ? Leur nombre, leur régularité, leur pacifisme. Ainsi, sans doute, que la justesse de leur cause. Tout le monde ne l’a-t-elle pas d’ailleurs reconnue ? Au lendemain de chaque marche, les réactions politiques sont presque unanimes : les élus saluent les marcheurs et leur combat. Certains ne manquent pas même de s’en revendiquer. N’y a-t-il pas là un étonnant paradoxe – à moins que ce soit de l’hypocrisie ? Si les élus répondaient vraiment aux attentes des manifestants, ceux-ci ne manifesteraient évidemment plus ! Les politiques sont-ils à la hauteur des enjeux climatiques ? Pour l’heure, non. Et, s’il est aisé de les critiquer, il faut aussi prendre conscience de la difficulté de leur tâche. Ils héritent d’un problème énorme sur lequel leurs prédécesseurs ont volontiers fermé les yeux. Pour lequel les solutions sont à inventer. Et ils ne disposent pas de l’ensemble des compétences pour le résoudre. Surtout, le temps de la Terre n’est pas celui de leurs législatures. Penser le long terme n’est pas (nécessairement) électoralement porteur. D’autant que des mesures peu populaires devraient assurément être prises. Il est certain que le politique ne peut gouverner sur la seule base de slogans. Et il est évident que la Belgique ne résoudra pas toute seule l’ensemble des problèmes. Mais ces raisons ne peuvent plus justifier l’inaction. Certains osent encore soutenir que, s’il faut prendre des mesures, il faut d’abord tenir compte des impératifs de notre modèle économique. Ce discours-là est devenu inaudible. Voire criminel. L’économie n’est rien d’autre que la « bonne administration des richesses matérielles ». Alors que les richesses deviennent de plus en plus rares, c’est notre mode de fonctionnement qu’il faut revoir. Radicalement. Les marcheurs l’ont compris, et il faut s’en réjouir. Mais espérons aussi que les marcheurs ne marcheront bientôt plus. Ce jour-là, leur message aura vraiment été entendu.
- En Question n° 128
- edito
Quand les marcheurs ne marcheront plus…
- Vincent Delcorps, docteur en histoire et journaliste, directeur de la rédaction chez CathoBel. Il est aussi professeur invité à l’UCL et à l’IHECS.
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