Nous sommes nombreux à trouver que le monde va mal. Ou, à tout le moins, qu’il ne va pas dans la bonne direction. Nous sommes choqués devant le poids des inégalités, inquiets devant les atteintes portées à notre environnement, déçus par les dysfonctionnements de nos démocraties, incommodés par le climat de pression permanente… Et pourtant, nous sommes nombreux à ne pas trop réagir. À accepter ces états de fait. À nous en accommoder. À nous y habituer. L’un des principaux facteurs susceptibles d’expliquer notre inaction tient dans une forme de résignation. Ou de fatalité. « C’est ainsi », « tant pis », « l’on n’y peut rien »… Malgré nos idéaux, nous pensons que le monde est condamné à demeurer inchangé. Imparfait. Parce qu’il serait impossible de le changer. La Covid nous a apporté une sacrée leçon. Sous nos yeux ébahis s’est produit l’inattendu. En quelques mois, un virus a fait le tour du monde, nous privant de nos libertés les plus fondamentales, provoquant l’effondrement de nos économies et la transformation de nos vies sociales. L’incroyable s’est produit. L’impensé. L’impossible. Notre monde marche sur des fils. En cherchant à repousser toujours plus les limites, il feint d’oublier sa propre fragilité. Il refuse de voir qu’il est menacé. Dans la foulée du coronavirus, d’autres impossibles pourraient pourtant se produire. Krachs boursiers, bouleversements des marchés du travail, écroulement de nos démocraties, vagues migratoires, désastres climatiques, ruptures intergénérationnelles, robotisation à outrance, déshumanisation de nos vies constituent quelques-uns des périls qui nous guettent. Au cours des derniers mois, les frontières du réel ont été dépassées. Cela a été source d’anxiété. Mais, dans des gestes de fraternité nouvelle, les germes d’un monde meilleur ont aussi été posés. Plus que nous effrayer, la Covid doit nous éveiller. Si des drames sont possibles, de belles histoires le sont également. « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait », s’amusait Mark Twain. Tous, aujourd’hui, là où nous sommes, avec les talents qui sont les nôtres, nous voilà appelés à passer à l’action. À co-construire ce monde de demain. Ensemble. Parce que c’est possible. Et parce que c’est urgent.
- En Question n° 134
- edito
Parce que c’est possible
- Vincent Delcorps, docteur en histoire et journaliste, directeur de la rédaction chez CathoBel. Il est aussi professeur invité à l’UCL et à l’IHECS.
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