Vous rappelez-vous la théorie des ensembles ? Sur les bancs de l’école primaire, j’étais fasciné par l’ensemble sécant. Vous savez, cet ensemble qui correspond à l’intersection de deux, trois, voire quatre ensembles différents. Je me demandais si l’appartenance à cet ensemble sécant était une chance ou une malédiction. Cet espace de rencontres était-il pour les éléments qui l’habitent un abîme de dissolution ou au contraire un lieu d’une vie incroyable ? « Ce qui est en jeu au premier chef dans la notion d’ensemble, c’est la relation d’appartenance » nous dit Wikipédia. On pourrait en dire autant de la notion de communauté et de ses résonances sociales actuelles. Les communautés répondent à notre besoin d’appartenance, un besoin inhérent au fait que nous, les femmes et les hommes, sommes avant tout des êtres de relations. La réponse à ce besoin n’implique ni obéissance aveugle, ni uniformité : il est extrêmement sain qu’existent différents degrés d’appartenance à une communauté. Dans certains cas, il peut même s’avérer nécessaires de briser un lien d’appartenance qui serait aliénant. Mais ce sera pour en nouer d’autres, à l’instar de la Tendresse que chantait Bourvil : on peut vivre sans richesse, presque sans le sou… mais vivre sans appartenance, on ne le pourrait pas ! Difficile en effet de développer un projet de vie sans références, et encore plus de s’engager au service du bien commun sans un enracinement dans un système de valeurs ou une forme de spiritualité. Aujourd’hui règne une suspicion à l’égard de l’appartenance à une communauté. Une suspicion qui vise particulièrement les groupes (souvent minoritaires) culturels ou religieux. Tout récemment un rapport sur la « menace » des Frères Musulmans pour la société française ‒ rapport reposant sur une base empirique extrêmement faible ‒ a été utilisé pour jeter une fois encore le discrédit sur l’ensemble des musulmans. Bien sûr, toute communauté est exposée au risque du repli identitaire. Toute communauté a à se penser dans un réseau de relations avec d’autres communautés. Et chaque personne doit pouvoir être un « ensemble sécant », en développant des appartenances multiples. La société n’est-elle pas elle-même appelée à être une communauté de communautés, un bel ensemble inclusif ?
- En Question n° 153
- edito
Chères appartenances
- Christophe Renders, chargé d’analyse et d’animation au Centre Avec
3 min