
Bruxelles, septembre 2026. Nous venons de traverser l’été le plus chaud et un des plus secs de notre histoire. Les trois vagues de canicule successives ont causé près de 3.000 décès supplémentaires en Belgique, selon Sciensano (l’institut national belge de santé publique). Les Hautes Fagnes, la plus ancienne réserve naturelle du pays, véritable poumon vert, ont perdu plus de la moitié de leur superficie dans les flammes : 33,66 km² ont été réduits en cendres.
Et les climatologues nous mettent en garde : à l’avenir, du fait du réchauffement climatique causé par l’activité humaine, les épisodes de canicule et de sécheresse que nous connaitrons seront encore plus intenses, plus fréquents et plus longs. La question se pose alors : face au désastre socio-écologique, comment garder la tête froide et haute ?
D’abord, et ce n’est que trop rarement souligné : il est normal d’éprouver de la sidération, de la tristesse ou de la colère. Ce qu’on appelle l’écoanxiété n’est nullement signe de faiblesse, mais témoigne plutôt d’une grande lucidité et d’une sagesse d’esprit face au délire croissanciste des grands pollueurs qui mènent l’humanité droit au mur, au nom de leurs intérêts, de leur soif sans limite d’argent et de pouvoir.
Ensuite, une fois nos émotions accueillies et partagées, il importe de nous reconnecter concrètement à nos besoins, à notre agir, à nos désirs et à nos rêves. C’est ainsi que les territoires, au cœur de ce numéro, nous semblent constituer une porte d’entrée essentielle vers une écologie intégrale : à la fois environnementale, sociale et politique. Ils se trouvent à la croisée de l’espace et du temps, de la nature et la culture. Nous sommes convaincus que c’est en « ménageant » ces espaces qui nous relient avec le vivant et les un·e·s avec les autres – c’est-à-dire en le préservant, en le vivifiant, en le partageant, et en prenant soin – que nous pourrons retrouver l’envie de nous engager et la capacité d’agir pour un monde juste, écologique et solidaire.
Dans son récent ouvrage, Le réseau des tempêtes (Les Liens qui libèrent, 2025), l’écologue Pablo Servigne nous invite à soigner tout particulièrement nos liens « voisinautaires » (contraction de « voisin » et « communautaire ») pour affronter, dans la solidarité plutôt que dans la concurrence, les catastrophes socio-écologiques présentes et à venir. Une manière concrète de s’engager pour le monde à partir de son propre territoire.