Tout le temps. Sur tout. Partout. On nous demande de nous positionner. Et plutôt franchement si possible. En étant « pour » ou « contre », sans trop de nuances. S’ensuit l’étiquette. Très vite. Et très collante. L’enjeu n’est donc pas mince : c’est ce que je pense qui dit qui je suis. C’est par mes avis que l’on me définit. Comme souvent, En Question vous emmène sur des chemins de traverse. Non pas que nos avis seraient sans importance – loin de là ! Mais d’autres aspects méritent d’être creusés. Et d’autres questions doivent être posées. Est-on obligé d’avoir un avis, par exemple ? Sur tout ? Si pas, sur quoi ? Peut-on changer d’avis ? Et oser le reconnaître ? Comment exprimer son avis ? Devant qui ? Et comment se comporter avec celui qui ne partage pas mes opinions ? En filigranes, des réponses apparaissent dans les pages qui suivent. Mais c’est autour d’une dernière question qu’a été construit le dossier de ce numéro : comment se faire un avis ? En lisant ou en causant ? Seul ou ensemble ? En prenant le temps ou instinctivement ? Avec sa tête ou avec son cœur ? Ces questions se posaient moins il y a quelques décennies. Car alors, les parcours de vie et les cheminements de l’esprit étaient davantage balisés. On pensait comme il fallait. Comme on nous le disait. Quitte à avoir tort. Quitte à se trahir. Mais aujourd’hui, les autorités ont volé en éclat, et les sources d’information se sont multipliées. Le soupçon s’est insinué partout, et la confiance n’est plus un acquis. N’est-ce pas le président d’une puissante démocratie qui instituait récemment la fake news en mode de gouvernance ? Il nous faut donc apprendre à réfléchir et à discerner, à décrypter et à décoder. Pas seulement pour devenir des individus solides, mais aussi pour édifier des sociétés apaisées. Car on ne se construit jamais uniquement pour soi-même. Si l’on mûrit réflexions et avis, peut-être est-ce pour avoir raison ; c’est aussi pour entrer en relation. Dans ce numéro, vous l’aurez compris, En Question ne vous invite pas seulement à faire travailler vos neurones. Mais aussi à ouvrir votre cœur.
- En Question n° 136
- edito
Les neurones et le coeur
- Vincent Delcorps, docteur en histoire et journaliste, directeur de la rédaction chez CathoBel. Il est aussi professeur invité à l’UCL et à l’IHECS.
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