Dans ce monde-là, nous nous croyions libres. Nous pouvions nous déplacer sans contraintes. Nous pouvions aller à l’autre bout de la ville. Nous préférions cependant nous rendre à l’autre bout du monde. Car dans ce monde globalisé, les frontières n’étaient pas des obstacles. Dès janvier, nombreux, parmi nous, avaient déjà réservé leurs billets de vacances. Puis survint le Covid-19. Cela faisait déjà quelques mois qu’il sévissait là-bas. Mais nous n’y prêtions guère attention. Car ce qui se passait au loin ne nous intéressait pas trop. Sauf en période de vacances, bien sûr… Au fil des semaines, le virus s’était approché. Finalement, il n’avait pas eu trop de mal à s’immiscer jusque dans nos contrées. Car, dans ce monde globalisé, les frontières n’étaient pas des obstacles. Puis, on décida de fermer les frontières. Soudainement, nous ne pouvions plus nous rendre à l’autre bout du monde – et nous aurions été déjà tout heureux de pouvoir aller à l’autre bout de la ville. Étonnant paradoxe : les frontières se fermèrent à l’heure où nous prenions conscience de notre humanité commune. Comme l’a pointé le sociologue français Vincent de Gaulejac, on assista au « chacun pour soi dans un monde d’interdépendances ». Et c’est alors qu’on se mit à paniquer : pour notre santé et celle de nos proches, pour nos si précieuses libertés, pour notre confort bien sûr. Et pour nos vacances aussi. Bien des repères se brouillèrent : la frontière entre ici et là-bas, la distance entre l’autre et moi, la césure entre le temps du travail et celui des vacances… À l’heure où l’été frappe à nos portes, nous ne savons plus trop ce que nous voulons : être en famille ou sans enfants, aller loin ou rester ici, prendre des congés ou retrouver le chemin du travail… ? Au fond, ne recevons-nous pas une belle occasion de réfléchir au sens des vacances ? La question est vaste. Car penser aux vacances, c’est aussi repenser son rapport au travail, son insertion dans le monde et son rapport à l’altérité. Sur ces chemins, comme toujours, En Question vous accompagne. Vous aide à décrypter les enjeux de notre temps et à donner du sens à vos engagements. Un très bel été. À vous. Et aux autres.
- En Question n° 133
- edito
Le brouillage des frontières
- Vincent Delcorps, docteur en histoire et journaliste, directeur de la rédaction chez CathoBel. Il est aussi professeur invité à l’UCL et à l’IHECS.
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