Allemagne, 1933. Au nom de la liberté (Freiheit) et de la performance (Leistung), les Nazis entament la destruction de l’État-providence allemand, qu’ils jugent « contre-sélectif » car il protège les faibles et les malades. Ils créent à la place une multitude d’agences placées sous l’autorité de petits chefs, mises en concurrence et supervisées par la chancellerie d’Adolf Hitler[1]. États-Unis, 2025. Dès le premier jour de son second mandat, le président Donald Trump crée le Département de l’Efficacité Gouvernementale (DOGE). Dirigée par le milliardaire techno-fasciste Elon Musk, cette agence a pour mission de démanteler l’administration fédérale, réduire drastiquement les dépenses publiques et supprimer un nombre important de réglementations, de programmes et de postes de fonctionnaires, au nom de l’efficacité, de la modernisation, de la productivité et de… la liberté. Si la comparaison entre les mouvements d’extrême droite contemporains et les régimes fascistes et totalitaristes du 20e siècle doit être menée avec prudence et nuance, elle peut néanmoins offrir des clés de lecture qui nous mettent en capacité de mieux lutter contre les mécanismes et les facteurs qui alimentent ces mouvements. L’injonction à la performance (ou à l’efficacité) en est un élément central, car elle permet de justifier le renversement des contre-pouvoirs, la centralisation et la personnification du pouvoir, le maintien de l’ordre et du contrôle social, la soumission des individus au système totalitaire, ainsi que la discrimination, le rejet, voire l’extermination des populations jugées inutiles, inadaptées, indésirables ou profiteuses. Aujourd’hui, la démocratie et les droits humains, sociaux et environnementaux sont menacés. Face à cette réalité indéniable, nous devons résister, ensemble. Parmi différentes formes de résistance possibles, le biologiste Olivier Hamant invite à ringardiser la performance, que ce soit par la critique ou l’humour, et à construire la robustesse, en valorisant les interactions, la diversité, la lenteur, la redondance, l’incohérence, l’adaptabilité et la coopération. Autant d’idées subversives et d’initiatives concrètes qu’explore le dossier du présent numéro d’En Question. [1] Johann Chapoutot, Libres d’obéir : le management, du nazisme à aujourd’hui, Gallimard, 2020.
- En Question n° 152
- edito
Contre l’obsession de la performance
- Simon-Pierre de Montpellier, rédacteur en chef de la revue En Question.
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