Crise, bouleversement, effondrement… Catastrophe, guerre, désastre… Je ne compte plus le nombre de fois que je lis, que j’entends ou que j’utilise moi-même ces termes… J’en ai parfois la nausée. Si nous voulons réorienter notre trajectoire vers un monde (plus) juste, écologique et solidaire, il est certes impératif d’adopter un regard lucide. Les mots mentionnés précédemment sont nécessaires pour évaluer et affronter les défis auxquels nous sommes confrontés. Cependant, la lucidité seule ne suffit pas. Notre existence ne peut se contenter de la simple clarté intellectuelle. Pour nous engager véritablement, nous avons besoin d’espérance. Non pas d’un optimisme béat, mais d’un sentiment de confiance qui nous pousse à réaliser ensemble, avec audace, nos aspirations les plus profondes. La contemplation peut contribuer à nourrir l’espérance au sein de nos vies. Contempler, c’est adopter le regard d’un enfant. S’émerveiller devant la majesté d’un paysage, la délicatesse d’une fleur, la grâce d’un animal, la magie d’un coucher de soleil, la splendeur d’un ciel étoilé, la sérénité d’une pleine lune, le cycle d’un arbre perdant ses feuilles, le murmure de l’eau qui ruisselle. Devant la complexité d’une architecture, la perspective d’un dessin, la profondeur d’un poème, l’harmonie d’un morceau de musique, le visage d’un inconnu. Savoir s’arrêter, être pleinement présent, mettre de côté ses préjugés, quitter l’indifférence, accueillir ce qui vient, éveiller ses sens, se laisser toucher, s’ouvrir à la gratitude… C’est résister aux injonctions utilitaristes (ça ne sert « à rien »), consuméristes (c’est gratuit), individualistes (c’est une mise en relation). Ce numéro hivernal d’En Question, depuis le témoignage du collectif Lutte et Contemplation jusqu’à la recension de Rouvrir l’horizon, en passant bien sûr par le dossier sur la culture, nous invite (entre autres) à la contemplation. Saisissons l’occasion de cette période de fin d’année pour nous arrêter, nous décentrer et nous exercer à cette contemplation, non pas passive et solitaire, mais plutôt active et solidaire, afin de nourrir notre espérance et renouveler notre engagement au cœur du monde. Et, si cela peut nous inspirer, pensons à ces mages, qui effectuèrent un long voyage, il y a plus de 2.000 ans, pour contempler un nouveau-né, pauvre et vulnérable, venu renverser les puissants et élever les humbles (Luc 1, 46-55). Après cette rencontre, « ils prirent une autre route pour rentrer dans leur pays » (Matthieu 2, 12). Pour rejoindre nos aspirations les plus profondes, la contemplation pourrait aussi nous amener à « prendre une autre route ».
- En Question n° 147
- edito
Contempler, espérer, s’engager
- Simon-Pierre de Montpellier, rédacteur en chef de la revue En Question.
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