La vie est faite de rencontres. Certaines nous blessent, d’autres nous élèvent. Certaines nous enferment, d’autres nous exaltent. Certaines sont éphémères, d’autres sont éternelles. Toutes nous influencent, d’une quelconque manière. Jean Marie Faux – prêtre jésuite, militant pour la justice sociale, fondateur du Centre Avec, notre compagnon et ami – fait partie de ces personnes qui marquent profondément, les autres, les équipes, les institutions, le monde. Nous lui dédions ce numéro d’En Question, lui qui, humble et infatigable, a œuvré jusqu’à ses 98 ans à prendre soin des autres, à défendre les précarisés et les étrangers, à construire un monde juste et fraternel. Travailler, nous a montré Jean Marie, c’est être pleinement présent, « au cœur du monde ». « J’ai trois saints patrons : s’indigner, s’informer et s’impliquer », disait-il. C’est aussi veiller, avec attention et soin, à ce que chacune et chacun puisse trouver sa juste place dans la société. D’où son combat pour la dignité et les droits des étrangers, y compris le droit de vote, contre le racisme et les discriminations. Pensons aussi à celles et ceux qui ne peuvent trouver un emploi décent. C’est enfin, écrivait-il, « ne pas détourner les personnes de leur fraternité humaine et de leur responsabilité terrestre ». Pensons aux entreprises qui polluent, mettant ainsi à mal les conditions mêmes de notre vie sur terre, aux bullshit jobs de David Graeber – ces tâches inutiles, superficielles et vides de sens, qui anesthésient la personne humaine –, ou encore, aux salaires et conditions de travail indignes, qui asservissent. Travailler, nous a montré Jean Marie, c’est faire, œuvrer, s’engager, avec les autres, et en particulier les plus démunis, pour la justice sociale et le bien commun. Cette voie de l’engagement n’est pas une route toute tracée, c’est un chemin de traverse, où différents sentiers sont ouverts. La vie de Jean Marie, aux multiples facettes, nous en témoigne. Toutes et tous, là où nous sommes ancrés, sommes appelés à illuminer le monde, à cultiver notre esprit de service, à questionner le sens de nos actions, à chercher nos manières de construire, ensemble, un monde où chacune et chacun a sa place et peut mener une vie bonne, un monde dont la loi est l’amour mutuel.
- En Question n° 141
- edito
Avec les autres | Pour la justice et le bien commun
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