Souvenez-vous, c’était il y a un an. Nous étions sous le gui. Ensemble. Proches. Nous partagions la chaleur d’un foyer. Et nous nous souhaitions la bonne année. C’était il y a un an. Une éternité. Depuis, nous sommes entrés dans un autre monde. Sans doute la crise du coronavirus porte-t-elle en elle « les germes d’un monde meilleur » – c’est en tout cas le pari que votre revue faisait dans sa livraison d’automne. Il n’empêche qu’elle est d’abord une tragédie. Pensons aux personnes âgées, vivant dans l’isolement, effectuant leur « grand passage » loin des leurs. Pensons aux jeunes qui, confinés derrière un écran, décrochent d’une vie dont ils ne trouvent plus le sens. Pensons aux travailleurs contraints de fermer boutique sans savoir si celle-ci rouvrira un jour. Pensons aux habitants de la rue, que le virus touche en plein cœur. C’est un fait : la pandémie nous rappelle avec force que nous ne sommes pas égaux. Et si l’épreuve est réelle pour chacun, c’est plus durement qu’elle frappe certains d’entre nous. Dès aujourd’hui, et au-delà de la Covid, un autre virus nous guette. Ces temps de confinement nous auront invités – et contraints – à nous recentrer sur nous. Ce fut l’occasion de ralentir le rythme, de réduire nos contacts, de nous retrouver autour d’un certain essentiel, parfois même de nous ressourcer. Et ce ne fut pas nécessairement une mauvaise chose. Mais ce recentrement a pu aussi nous perdre. Nous faire oublier que nous avions besoin des autres – et qu’en tout cas, les autres avaient besoin de nous. Nous rendre aveugles à la détresse du voisin. Et insensibles à l’appel des plus fragiles. En cette fin d’année, le virus qui nous guette est celui de l’égoïsme. Et c’est par tous les moyens qu’il faut le combattre. En posant des gestes concrets de solidarité. En inventant de nouvelles manières de faire lien. En donnant à nos actes citoyens une visée de bien commun. En élargissant les horizons de nos cœurs. En nous rappelant que l’étoile qui s’est levée il y a 2000 ans brille encore. Et Et que le Dieu qui naquit alors fait de nous tous des frères et sœurs.
- En Question n° 135
- edito
Tous frères et sœurs
- Vincent Delcorps, docteur en histoire et journaliste, directeur de la rédaction chez CathoBel. Il est aussi professeur invité à l’UCL et à l’IHECS.
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