« Fratelli e sorelle, buonasera ». Le monde se souviendra longtemps de la salutation de François au soir de son élection comme évêque de Rome, le 13 mars 2013. Depuis, nous pouvons toutes et tous apprécier la nouveauté qu’il apporte par sa manière d’être et de faire : son style et son langage, sa manière de gouverner, ses accents constants sur une option préférentielle pour les pauvres, sa manière de mettre en pratique l’Évangile. Profitant de l’occasion du deuxième anniversaire de son pontificat, le dossier de ce numéro d’En question revient sur la vie de l’Église ces deux dernières années. Quatre articles nous montrent le visage d’une Église que le pape François souhaite résolument au cœur du monde. Le premier article (Gerry O’Hanlon) revient sur la nature du changement qui se produit dans l’Église catholique : que ce soit en termes de collégialité, ou de la volonté d’être « une Église pauvre pour les pauvres », François met en place des nouvelles manières de faire et d’agir. Le deuxième (Jean Marie Faux) présente l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium (La joie de l’Évangile), ample document qui est sans doute le texte qui met le mieux en lumière les thèmes chers à la pensée et au cœur du pape. Le troisième article (Ignace Berten) parle du synode sur la famille (octobre 2014) : la manière dont la première session a été préparée, ce qui s’en dégage et ce que l’on peut espérer de la suite du processus. Le dernier article (Michael Czerny et Paolo Foglizzo) revient sur la Rencontre mondiale des mouvements populaires qui a eu lieu au Vatican fin octobre 2014 et ce que cela nous fait découvrir de la direction dans laquelle le pape François invite l’Église et le monde à se mettre en chemin. Être au cœur du monde, cela veut dire s’y engager, avec toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté, pour construire le Royaume de Dieu, avec patience et détermination. Être au cœur du monde, paradoxalement, cela veut donc aussi dire aller aux périphéries, comme François aime le répéter. Là où l’être humain est blessé, là où la création est blessée. Là aussi où se vivent de belles choses, peut-être hors des sentiers battus, et s’en réjouir comme Dieu s’en réjouit. C’est pour cela que nos communautés locales ne peuvent jamais se fermer sur elles-mêmes. Être au cœur du monde, c’est aussi donner du cœur au monde, prendre le monde et sa misère, ses malheurs à cœur. Prendre à cœur, cela implique bien plus que des actions, certes ô combien nécessaires. Il s’agit aussi d’être présent, parfois simplement dans le silence, là où la vie est blessée, brisée, là où elle se construit ou se reconstruit. Prendre la misère de l’autre à cœur, c’est bien le sens de la miséricorde (miseria – misère, malheur – et cor – cœur). Pour nous chrétiens, c’est témoigner de quelque chose de plus grand que nous : l’amour infini de Dieu pour chaque être humain. C’est ainsi que l’a expliqué François en annonçant, le jour du deuxième anniversaire de son pontificat, une Année Sainte de la miséricorde (qui aura lieu du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016) : « Nous voulons vivre [cette année] à la lumière de la parole du Seigneur : ‘Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux’ (Lc 6, 36) ».
- En Question n° 112
- edito
Au coeur du monde.
- Claire Brandeleer, chargée d’analyse et d’animation au Centre Avec.
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