S’engager, c’est se projeter vers l’avant. Passer une sorte de contrat avec soi-même, un collectif ou l’humanité en vue de réaliser quelque chose. S’engager, c’est porter ses convictions et les transformer en actions concrètes. C’est aussi orienter son existence, déterminer les valeurs qui nous tirent en avant. S’engager, c’est se mettre en lien avec d’autres, c’est s’unir pour un projet commun. Pour ceux qui hésitent à mettre un pied dans le large monde de l’engagement – social, écologique, humanitaire… –, s’engager peut apparaitre comme l’apanage d’une catégorie spécifique de personnes : celles qui ont beaucoup d’énergie, qui en savent plus sur le monde que les autres, ou qui font partie de certains réseaux… L’engagement devient alors un monde éloigné de la réalité des gens « normaux ». Pour ceux qui participent à certaines activités du milieu dit engagé ou militant, une autre question peut se poser : celle de la mesure et de la légitimité. Est-ce que je peux vraiment me dire engagé ? Est-ce que j’en fais assez ? Toujours, on se trouve moins légitime que les VRAIS militants – ceux dont l’action compte réellement. On se sent prétentieux de se dire engagé… Les défis d’aujourd’hui sont multiples. Et comme le disait Mandela dans son discours inspirant, « jouer petit ne sert pas le monde ». Face à l’énormité des défis actuels, chaque pas compte, chaque transformation de soi, de son association, de son mode de vie, de sa famille compte ; chaque geste pour un monde plus juste, plus écologique, plus solidaire compte. Rien n’est trop petit. Pas parce que cela suffit mais parce que, comme le dit l’adage populaire, « le diable se cache dans les détails ». La transformation de notre société nécessite des actions à tous les niveaux et dans les moindres recoins. Même là où nous pensons qu’aucun levier de changement ne réside. Il est grand temps de concevoir l’engagement comme une réalité plurielle et de cesser de dénigrer ceux qui ne font pas comme nous ou pensent le changement social autrement.
- En Question n° 124
- edito
Rêver petit ne sert pas le monde
- Emeline De Bouver, docteur en sociologie politique, chercheure associée au CriDIS et à la Chaire Hoover (UCL). Anciennement chargée d’étude et d’animation au Centre Avec, elle est aujourd’hui chargée de projet en éducation permanente à la Fucid.
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