À tous les niveaux, l’extrême droite se montre de plus en plus menaçante. Dans plusieurs pays d’Europe, elle n’a jamais été aussi présente depuis la Seconde Guerre mondiale. En Flandre, le Vlaams Belang occupe la tête des sondages. En Wallonie, un nouveau parti d’extrême droite tente de s’implanter, parrainé par le Vlaams Belang, le Rassemblement national français et le Parti pour la liberté néerlandais. Et selon une récente enquête (Noir Jaune Blues), plus d’un Belge sur deux serait favorable à la « retribalisation » de la société : l’appel à l’autorité d’un chef, l’homogénéité (ethnique, culturelle, linguistique et religieuse), la méfiance vis-à-vis de l’extérieur perçu comme menaçant et de l’étranger « envahisseur », et même l’adhésion au retour de la peine capitale. À la veille des élections de 2024 à tous les niveaux (européen, fédéral, régional, provincial et communal), la revue En Question prend cette problématique à bras-le-corps. Comment se situer personnellement et s’engager collectivement, afin de briser cette vague brune qui déferle sur nous ?
Vers un nouveau dimanche noir ?
édito
en bref
Publications de la revue
Ce dont l’extrême droite est le nom
Qu’est-ce que l’extrême droite ? Quelle différence avec le populisme ? Extrême droite et extrême gauche sont-elles comparables ? Comment l’extrême droite se manifeste-t-elle en Belgique ? Pour quelles conséquences ? Le politologue Benjamin Biard, spécialiste de l’extrême droite, pose quelques balises pour cerner cette idéologie, ses manifestations principales et la pénétration de ses idées, afin d’en contrer le développement.
Extrême droite et démocratie
Historiquement, l’extrême droite est définie comme une famille politique véhiculant une idéologie antidémocratique. Toutefois, les partis logés à cette enseigne se présentent aujourd’hui, dans leurs discours, comme les défenseurs et les promoteurs de la démocratie. Comment et pourquoi ? Le politologue François Debras, spécialiste des discours, extrémistes et complotistes, analyse l’appropriation du terme « démocratie » par les principaux partis d’extrême droite européens dans une logique nationaliste et identitaire.
Comment l’extrême droite gagne la bataille des émotions
Nous avons coutume de penser que la politique est une affaire d’idées, un affrontement de programmes. Sans nier cet aspect des choses, qui est en quelque sorte la face visible d’un iceberg, je tenterai dans ces quelques lignes d’attirer l’attention sur la face cachée des dynamiques politiques : le rôle des émotions et des affects. Cette dimension semble particulièrement décisive dans la progression de l’extrême droite.
Guerre en Ukraine et complotisme d’État
Depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, plusieurs observateurs ont passé au crible la stratégie informationnelle de Moscou. Ils ont ainsi détricoté les mensonges relayés par les « trolls » du régime et dévoilé certains de ses relais médiatiques et politiques au sein de nos démocraties[…]
La demande d’extrême droite existe toujours en Belgique francophone
Depuis l’« effet Le Pen » en 1984, l’Europe est gangrénée par des partis liberticides. L’extrême droite n’est plus une donnée politique marginale. Elle est même au pouvoir en Italie et en Hongrie. Le nationalisme ethnique fait également des ravages dans le reste du monde comme en Birmanie, en Chine, au Sénégal ou en Tunisie[…]
Comment se situer, comme francophones, par rapport à l’extrême droite flamande ?
La question est essentielle car les vagues brunes à répétition au nord du pays provoquent de l’effroi, mais les réponses manquent souvent de justesse. Mal posée, la question suscite surtout des mouvements contraires, tels que l’incompréhension générale, le désarroi, le procès d’intention ou le désintérêt[…]
Sur les causes profondes de la tribalisation de la société belge
Les conclusions de l’enquête « Noir Jaune Blues 5 ans après » , commandée par la fondation « Ceci n’est pas une crise » auprès de l’Institut de recherche en sociologie Survey and Action, révèlent qu’une majorité de Belges (52%) sont favorables à ce que les enquêteurs ont nommé la « retribalisation » de la société belge. Que signifie ce concept et comment expliquer cette évolution inquiétante ? Gaël Giraud met en exergue les inégalités entretenues par le système éducatif et exacerbées par les tendances à la globalisation, à la privatisation et à l’affaiblissement démocratique.
Éléments pour un antifascisme chrétien
Selon une étude Ifop (Institut français d’opinion publique) pour le journal La Croix, menée durant le premier tour de l’élection présidentielle française de 2022, 40 % des catholiques ont voté pour des candidats d’extrême droite (Marine Le Pen et Éric Zemmour) – contre 30 % pour la moyenne française . En France ou ailleurs, l’extrême droite instrumentalise le christianisme à des fins identitaires. Paul Colrat et Guillaume Dezaunay, membres du collectif Anastasis , affrontent avec sérieux cette question théologico-politique : la religion chrétienne n’est-elle qu’une « culture à défendre », une « identité à protéger » ?