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  5. L’égale considération de Jésus pour les femmes
  • En Question n° 156
  • chronique signes de contradiction
  • 11 mars 2026

L’égale considération de Jésus pour les femmes

  • Clarisse Petel, membre du collectif Bâtir le Bien Commun.
11 min 11
crédit : Priscilla du Preez – Unsplash

Dans son livre La part des femmes : Relire la Bible pour repenser l’Église (Éditions de l’Atelier, 2024), Sylvaine Landrivon, théologienne catholique française, met en lumière le rôle de certaines figures féminines bibliques, très souvent restées dans l’ombre, et rappelle l’égale considération de Jésus pour les femmes au sein de l’ensemble de ses disciples. Selon elle, alors que Jésus envoie ses disciples en mission pour annoncer au monde que le salut est offert d’une façon égale à toutes et tous, l’enseignement patriarcal de l’institution ecclésiale exclut aujourd’hui de son assemblée la richesse de la diversité présente parmi les croyants et croyantes. Il est alors vital pour les femmes de prendre toute leur place au sein des communautés afin de rendre au message de l’Évangile sa force, sa vérité et sa joie. Selon Sylvaine Landrivon, la lutte pour la libération des femmes dans l’Église est un impératif dont l’ensemble des croyants seront bénéficiaires.

La place des femmes aujourd’hui dans l’Église

D’après l’autrice, la vision qu’entretient l’Église à propos du rôle des femmes est très réductrice, puisque ces dernières seraient principalement destinées à être mères et à maintenir le bien-être de leur foyer. Étant donné que le corps féminin est apte à porter la vie, Jean-Paul II déduit que la vocation physique, psychologique et sociale des femmes est la maternité, et toute dérogation à ce schéma est illicite. Pour Landrivon, ce raccourci bien pratique permet à l’Église de confiner les femmes dans la sphère domestique, sauf si elles se destinent à la vie consacrée. Les textes magistériels relatifs au corps des femmes sont nombreux, et s’immiscent dans leur vie privée au point de leur interdire de communier si elles optent pour une contraception chimique ou mécanique. Pour se comporter en « bonnes épouses et mères » au sein de leur famille, il s’agit aussi pour elles de transmettre la foi catholique à travers les valeurs d’ordre, d’obéissance et de subordination du féminin au masculin, aussi bien vis-à-vis du mari que vis-à-vis du clergé. Quant à leur vie professionnelle, elle doit si possible être liée au soin, puisque « la femme est accueil fécond, soin, dévouement vital », selon l’expression du pape François[1].

Alors que les églises ne cessent de se vider, Sylvaine Landrivon constate que le magistère catholique continue d’afficher cet enseignement patriarcal, qui juge des comportements relevant du domaine privé, et prétend que la femme est l’assistante de l’homme. Pourtant, croire en l’Église du Christ signifie au contraire prendre soin de son prochain, sans se sentir écrasé par un rapport de domination. La prédication de Jésus porte même la marque d’un indéniable féminisme biblique, puisqu’il accorde une place égale aux femmes et aux hommes, et qu’il prône une assemblée dans laquelle règne une liberté révolutionnaire.

L’égale considération de Jésus pour les femmes

Jésus rend effectivement visible de nombreuses figures féminines de son temps. Courageuses et toujours fidèles à leur foi, elles ont joué des rôles qui ne furent pas exclusivement orientés vers la fécondité ou vers la prière, mais vers le rassemblement et la transmission de la Parole. Jésus manifeste en elles une confiance absolue, comme le montre son dialogue avec Marthe en Jean 11. Ce chapitre, qui se concentre sur la réanimation de Lazare, rend également compte de la puissance de la confession de foi de Marthe. Dans leur échange, Jésus lui révèle une conception nouvelle de ce qu’est la résurrection : En s’adressant à elle, Jésus manifeste que la mort physique n’a pas d’importance, et promet à celui qui croit qu’il vivra à jamais. À la question « Crois-tu cela ? », Marthe répond « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir dans le monde ». Dans ce passage, Marthe parvient à quitter sa perspective initiale, tournée vers la mort, pour placer sa confiance en Jésus, en le reconnaissant comme Fils de Dieu.

Une autre figure qui nous invite à porter un nouveau regard sur le rôle des femmes est celle de Marie Madeleine : premier témoin de la résurrection de Jésus, elle est envoyée en mission par lui et reçoit le titre « apôtre des apôtres » dès le 3e siècle. Plus globalement, ces divers passages de la vie du Christ remettent en cause le monopole masculin quant au statut d’apôtre. L’apostolicité est employée de façon fluctuante dans les textes bibliques : Luc l’emploie pour ceux qui ont connu Jésus, ce qui exclut Paul, et Paul l’utilise pour se qualifier lui-même ou certains de ses proches. Alors que le clergé considère seulement comme apôtres les douze hommes (au sens de « mâles ») en charge de diriger l’Église, ce terme, dans les premières communautés chrétiennes, n’est pas réservé à un groupe spécifique, et désigne en réalité celui ou celle qui applique le message d’amour de l’Évangile. La manière dont Jésus choisit de livrer son message et le rôle qu’il accorde aux femmes dans sa transmission oblige donc, pour Sylvaine Landrivon, à ne plus considérer l’apostolicité comme l’apanage des seuls individus masculins. Cette reconsidération impose, par voie de conséquence, une remise en cause du caractère exclusivement masculin de la prêtrise.

Jésus n’ordonne personne et casse les codes du sacré

L’ordination des prêtres, qui s’accompagne du célibat et de la recommandation du port d’une tenue vestimentaire spéciale, pousse selon elle à les distinguer du reste de l’humanité et les ancre dans une puissance qui ne se justifie pas. Cette sacralité est justement supprimée par Jésus, qui ne s’attribue pas le titre de prêtre et qui n’ordonne personne. Ses paroles et ses actes démontrent au contraire le choix de devenir notre frère et la volonté de casser les codes du sacré. Il reproche en effet aux prêtres leur lecture erronée de la Bible (Luc 4), et devient même victime de leur violence, tant sa contestation de l’autorité sacerdotale est vive. Il n’établit jamais de rituel lorsqu’il envoie en mission ses frères et sœurs tels que Pierre, la Samaritaine, Marie et la Magdaléenne. Il s’adresse à chacune et chacun par son nom, sans aucune position dominante. La transmission de son enseignement confirme donc pour l’autrice que le maintien d’une classe sacerdotale n’a plus aucune raison d’exister, et que pour enseigner et interpréter la Parole, seuls sont requis des principes fondés sur l’amour, la foi, l’espérance et la compétence. Son disciple Paul poursuit cette horizontalité dans la fraternité, puisqu’il choisit sans aucune distinction ses collaborateurs et collaboratrices, telles que Junia, Prisca et Phoebé. Mais ce modèle, qui reconnaissait tout chrétien et chrétienne comme frère et sœur de Jésus, ne dura qu’un très court moment. Alors que Jésus voulait justement se démarquer d’une structure hiérarchique propre au schéma patriarcal coutumier de l’époque, la période qui suivit dans l’histoire de l’Église fut marquée par un renforcement de la cléricalisation et de la masculinisation de l’institution. L’organisation hiérarchique du clergé et le retour à la sacralité des prêtres vont progressivement effacer la présence des femmes dans les textes canoniques et réglementaires, jusqu’à même parfois modifier leurs prénoms[2]. Il est par conséquent urgent d’évacuer les biais de traduction et de transmission, qui ont subverti la vocation universelle de l’Évangile et son impératif de relation égalitaire entre hommes et femmes.

Anticiper l’égale contribution des femmes dans l’assemblée

Pour réfléchir à la place des femmes en Église, il est nécessaire de commencer par les écouter afin de sonder leur mal-être vis-à-vis de l’institution. Il faut aussi reconnaître la valeur de leur parole et leur compétence à gérer leur vie sans aucune sorte de subordination. Il importe ensuite d’anticiper les questionnements qui surgissent lorsque l’on réfléchit à leurs rôles dans la gouvernance de l’Église et la transmission de la Parole. Non pas pour douter de cette égalité dans les fonctions ecclésiales, puisque nous savons qu’elle est conforme à l’Évangile, mais pour se demander plus largement si le changement consiste à ordonner les femmes au risque du maintien d’une structure hiérarchique pyramidale, ou s’il faut plutôt réclamer avant tout la décléricalisation de l’institution. Même si, au sein de l’Église, l’intégration des femmes dans les structures de gouvernance, et de toute l’assemblée de croyantes et croyants, qu’elles et ils soient célibataires, mariés, hétéro ou homosexuels, ferait déjà bouger les lignes, l’autrice revendique une transformation plus radicale de la structure ecclésiale, qui remet en question le statut et le rôle que celle-ci accorde aux prêtres. Pour elle, si l’étape d’ordination des femmes a lieu, elle doit surtout permettre à l’Église du Christ de redevenir une assemblée qui respecte la dignité et l’égalité de toutes et tous, et qui rassemble et enseigne de manière plus horizontale afin de transmettre un message plus vivant, solidaire et ouvert.

Transformer notre manière de « faire Église »

Cette nouvelle conception de « faire Église » est en réalité un retour au modèle des premières communautés chrétiennes que Paul visitait, et à celles décrites par Luc dans le livre des Actes des apôtres. Par petits groupes, hommes et femmes s’organisaient en maisonnées et se remémoraient ensemble les mots et les actes de Jésus en partageant le pain et l’enseignement de la Parole. Tandis qu’aujourd’hui, les femmes sont aussi bien, voire parfois mieux formées en théologie que certains prêtres ou diacres, et alors que Jésus n’a fait aucune discrimination entre les humains, et surtout pas sur base de leur genre, l’interprétation des textes ne doit plus, pour Sylvaine Landrivon, être réservée aux seuls prêtres masculins mais doit pouvoir être accessible à toute la communauté. Quant à l’eucharistie, elle doit cesser d’être associée à la simple consommation d’une hostie, pour retrouver son but premier qui est de souder une communauté dans la joie du partage, et d’unir chacun et chacune au Christ. Ces petites assemblées de laïcs formés à des charges provisoires de gouvernance et d’enseignement pourraient apporter une réponse au besoin éprouvé par de nombreux catholiques de mieux vivre leur spiritualité et de mieux connaître la Parole. De même, elles éviteraient à certains et certaines de s’enfermer dans un entre-soi stérile et dépourvu de sens. Il faut donc oser remodeler le visage de l’Église afin qu’elle reconnaisse enfin l’égale dignité de toutes et tous, et qu’elle rende plus globalement visibles toutes les personnes opprimées et exclues de la société. N’oublions pas que Jésus, qui accorde une place égale et tout aussi importante aux femmes, est celui qui « renverse les puissants de leur trône » (Luc 1, 52). C’est ce témoignage d’amour du Christ qui doit être aujourd’hui restitué.


[1] Discours du pape François à l’UCLouvain, 28 septembre 2024.

[2] À titre d’exemple, pour éviter que l’on associe l’apostolicité à un personnage féminin, le nom de Junia (qualifiée d’ « apôtre éminent » par Paul) a été masculinisé (Junias) par certains théologiens.

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