
« L’indifférence, c’est le poids mort de l’histoire. C’est pourquoi je hais les indifférents. »
Antonio Gramsci
Dans L’homme révolté, Albert Camus évoque la notion de « consentement meurtrier », pour dénoncer toutes les formes de résignation ou d’absence de révolte face aux injustices. Avec la complicité des médias dominants, nous nous accommodons facilement des inégalités criantes et de la souffrance sociale, surtout quand celles-ci se développent loin de nous. Ne nous sommes-nous pas habitués à l’intolérable ?
Voici quelques exemples, que le lecteur pourra d’ailleurs aisément compléter.
Près de chez nous :
- Selon l’association flamande « Dakloze Aktie Komitee », il y aurait au moins 50.000 sans-domicile en Belgique. Ce chiffre a doublé en dix ans à Bruxelles. Et il est en forte croissance dans toute l’Europe. Habiter… la rue ! Une réalité invraisemblable dans un pays riche ! Pourtant ces personnes font partie du paysage traditionnel de nos villes. S’en étonne-t-on encore ?
- Le chômage de masse, et particulièrement celui des jeunes, représente une sorte de cancer lancinant qui tue à petits feux. Pour beaucoup, ce phénomène n’est plus qu’une statistique qui ne bouleverse plus tellement.
- 15,5% des Belges vivent sous le seuil de pauvreté : ce sont des personnes dont le revenu disponible est inférieur à 1.115€/mois pour un isolé. Et on accepte que le revenu d’intégration sociale correspondant ne s’élève qu’à 910,53€, au 1er septembre 2018 ! Accorder de tels minima sociaux, c’est une forme de sadisme institutionnel ! Dans l’Union européenne, une personne sur quatre est menacée par la pauvreté, soit… 120 millions de gens. Ce chiffre est impressionnant, mais les autorités de l’UE ne le rappellent quasi jamais. Comment nos sociétés, aux ressources considérables et aux incroyables prouesses technologiques, ne parviennent-elles pas à nourrir, loger, soigner chaque être humain ?
- Beaucoup de détenus subissent en permanence des conditions de vie absolument indignes dans nos prisons, parfois rassemblés à deux ou trois dans une même cellule. Les organisations de défense des droits humains condamnent régulièrement la Belgique pour sa politique carcérale – ou plutôt pour l’absence de celle-ci ! Pourquoi ces réalités, marquées par la déshumanisation et l’exclusion, sont-elles si peu médiatisées?
Et plus loin…
- Des peuples se battent depuis des décennies pour leur terre ou leur indépendance. Citons seulement les Palestiniens, dont un grand nombre est confiné dans des camps depuis la création de l’État d’Israël en 1948, ou les Kurdes à qui le Traité de Sèvres avait promis dès 1920 la constitution d’un État. Pensons encore aux Tchétchènes, soumis à des massacres par la Russie de Poutine, ou aux Tamouls, victimes d’un récent génocide. Ces populations sont abandonnées à leur sort par la diplomatie internationale.
- 20 millions d’habitants de Somalie, du Soudan et du Yémen sont actuellement en danger de mourir de faim. Parmi eux, 1,4 million d’enfants. Y a-t-il eu une émission télévisée récente consacrée à cette tragédie ?
- Selon le rapport Oxfam 2019, 26 individus détenaient en 2018 la même quantité de richesses que les 3,8 milliards d’habitants les plus pauvres de la planète. Au cours des vingt prochaines années, 500 personnes transmettront plus de 2.100 milliards de dollars à leurs héritiers, soit à peu près le l’équivalent PIB de l’Inde qui compte 1,3 milliard d’habitants. Gloire aux rentiers parasites ! Explosion hallucinante des inégalités en ce début du 21e siècle ! Avec des effets ravageurs sur la santé, la scolarité, le vécu quotidien des gens. Pourquoi la colère des peuples ne se manifeste-t-elle pas davantage ?
- Des lanceurs d’alerte ont permis de lever le voile sur les incroyables pratiques fiscales de grandes sociétés transnationales et bancaires. Le comble : ce sont ces personnes courageuses qui sont poursuivies en priorité !
Prendre sa juste part…
Heureusement, ces situations qui « crient vengeance au ciel » ne laissent pas tout le monde indifférent, loin de là ! Face à chacun de ces scandales, des minorités agissantes s’indignent et réveillent notre humanité. Avec une règle de conduite humaniste, toute simple : traiter autrui comme on voudrait l’être soi-même ! Et prendre ainsi sa juste part à la misère du monde.